Crise de l’eau minérale en Tunisie : l’aberration du silence officiel
Par Leith LAKHOUA
Depuis plus de quinze jours, la Tunisie subit une pénurie d’eau minérale qui a plongé les citoyens dans une psychose collective. Mais au-delà de la rupture d’approvisionnement, ce qui frappe le plus, c’est le mutisme assourdissant des institutions. SONEDE, ministère de la Santé, médias nationaux : aucun n’a pris la peine de rassurer la population sur la potabilité de l’eau du robinet. Et pourtant, derrière ce silence institutionnel, il y a un premier responsable : le gouvernement.
Un gouvernement aux abonnés absents
Dans une crise qui touche directement la santé publique et l’approvisionnement de base des Tunisiens, c’est au gouvernement qu’il revient de coordonner la réponse. C’est à lui de sonner l’alerte, de mobiliser les services concernés et d’exiger des médias publics qu’ils jouent leur rôle d’information. Force est de constater qu’aucune directive claire n’a été donnée. Aucun communiqué officiel émanant du chef du gouvernement ou de son porte-parole n’a incité la SONEDE à communiquer sur la qualité de l’eau du robinet. Aucune instruction n’a poussé le ministère de la Santé à dépêcher des experts sur les plateaux télévisés. Aucune consigne n’a obligé la télévision et la radio nationales à diffuser des spots de sensibilisation pour calmer la panique et encourager la consommation de l’eau courante.
Ce vide est d’autant plus incompréhensible que la présidence de la République, elle, a réagi en évoquant des "actes de sabotage" et en ordonnant des enquêtes ainsi que le déploiement de l’armée pour l’acheminement d’eau par citernes. Le gouvernement, lui, est resté invisible, comme si cette crise ne relevait pas de ses prérogatives. Pourtant, c’est bien l’exécutif qui a la main sur les leviers de la communication d’État et sur la coordination interministérielle.
Deux hypothèses, également accablantes
Face à cette carence gouvernementale, deux suppositions s’imposent, et aucune ne sauve les institutions.
La première est l’incompétence pure et simple. Le gouvernement aurait pu, dès les premiers jours de la pénurie, réunir un conseil interministériel, exiger des rapports quotidiens sur la qualité de l’eau du robinet et imposer une campagne médiatique d’urgence. Rien de tout cela n’a été fait. Ce manque de réactivité et d’anticipation révèle une incapacité managériale criante. Si nos dirigeants sont incapables de gérer une crise d’approvisionnement en eau, comment pourraient-ils faire face à des défis bien plus graves ?
La seconde hypothèse est bien plus inquiétante : la complicité. En s’abstenant délibérément d’informer et de rassurer les citoyens, le gouvernement a laissé le champ libre à la spéculation et à la psychose. Dans un contexte où la présidence elle-même a évoqué des "tentatives de sabotage" visant à semer le chaos, ce silence prolongé ne peut que nourrir les soupçons. A-t-on voulu, sciemment, laisser la situation s’envenimer pour justifier ensuite un renforcement sécuritaire ou un état d’urgence ? Ou bien certains acteurs économiques ont-ils profité de ce flou pour faire flamber les prix de l’eau minérale, avec la bénédiction tacite des autorités ? Dans les deux cas, le gouvernement porte une lourde responsabilité.
La présidence doit enquêter, mais le gouvernement doit rendre des comptes
Il est vrai que la présidence de la République a montré plus de réactivité que le gouvernement. Mais son rôle est de constater et de sanctionner, non de se substituer à l’exécutif. C’est au chef du gouvernement qu’il incombe de répondre aujourd’hui de cette carence. Pourquoi n’a-t-il pas agi ? Qui a décidé de ne pas communiquer ? S’agit-il d’une négligence, d’un manque de moyens ou d’un choix politique assumé ?
En tant que simple citoyen, j’ai été plus que frappé par cette aberration. Nous voyons des ministres s’agiter sur les réseaux sociaux pour des sujets anecdotiques, mais rester muets face à une crise qui touche chaque foyer tunisien. Le gouvernement ne peut pas se défausser sur la SONEDE, le ministère de la Santé ou les médias, car c’est lui qui les dirige et les coordonne. Si ces institutions n’ont pas bougé, c’est parce qu’elles n’ont pas reçu l’impulsion nécessaire.
Conclusion :
La crise de l’eau minérale n’est pas seulement une pénurie de bouteilles. C’est un révélateur saisissant de la manière dont notre pays est gouverné. Quand l’exécutif reste passif alors que la population s’affole et que les rumeurs enflent, on est en droit de se demander si nos dirigeants ont encore la capacité et la volonté de protéger les Tunisiens.
La présidence doit enquêter, c’est son devoir. Mais c’est au gouvernement qu’incombe la responsabilité politique de cette crise. Qu’il s’explique. Qu’il assume. Ou qu’il tire les conséquences de son inaction. Car en démocratie, le silence des institutions, quand il dure quinze jours, n’est plus une simple négligence : il devient un acte politique. Et dans une Tunisie fragilisée, cet acte est intolérable.
Depuis plus de quinze jours, la Tunisie subit une pénurie d’eau minérale qui a plongé les citoyens dans une psychose collective. Mais au-delà de la rupture d’approvisionnement, ce qui frappe le plus, c’est le mutisme assourdissant des institutions. SONEDE, ministère de la Santé, médias nationaux : aucun n’a pris la peine de rassurer la population sur la potabilité de l’eau du robinet. Et pourtant, derrière ce silence institutionnel, il y a un premier responsable : le gouvernement.
Un gouvernement aux abonnés absents
Dans une crise qui touche directement la santé publique et l’approvisionnement de base des Tunisiens, c’est au gouvernement qu’il revient de coordonner la réponse. C’est à lui de sonner l’alerte, de mobiliser les services concernés et d’exiger des médias publics qu’ils jouent leur rôle d’information. Force est de constater qu’aucune directive claire n’a été donnée. Aucun communiqué officiel émanant du chef du gouvernement ou de son porte-parole n’a incité la SONEDE à communiquer sur la qualité de l’eau du robinet. Aucune instruction n’a poussé le ministère de la Santé à dépêcher des experts sur les plateaux télévisés. Aucune consigne n’a obligé la télévision et la radio nationales à diffuser des spots de sensibilisation pour calmer la panique et encourager la consommation de l’eau courante.Ce vide est d’autant plus incompréhensible que la présidence de la République, elle, a réagi en évoquant des "actes de sabotage" et en ordonnant des enquêtes ainsi que le déploiement de l’armée pour l’acheminement d’eau par citernes. Le gouvernement, lui, est resté invisible, comme si cette crise ne relevait pas de ses prérogatives. Pourtant, c’est bien l’exécutif qui a la main sur les leviers de la communication d’État et sur la coordination interministérielle.
Deux hypothèses, également accablantes
Face à cette carence gouvernementale, deux suppositions s’imposent, et aucune ne sauve les institutions.La première est l’incompétence pure et simple. Le gouvernement aurait pu, dès les premiers jours de la pénurie, réunir un conseil interministériel, exiger des rapports quotidiens sur la qualité de l’eau du robinet et imposer une campagne médiatique d’urgence. Rien de tout cela n’a été fait. Ce manque de réactivité et d’anticipation révèle une incapacité managériale criante. Si nos dirigeants sont incapables de gérer une crise d’approvisionnement en eau, comment pourraient-ils faire face à des défis bien plus graves ?
La seconde hypothèse est bien plus inquiétante : la complicité. En s’abstenant délibérément d’informer et de rassurer les citoyens, le gouvernement a laissé le champ libre à la spéculation et à la psychose. Dans un contexte où la présidence elle-même a évoqué des "tentatives de sabotage" visant à semer le chaos, ce silence prolongé ne peut que nourrir les soupçons. A-t-on voulu, sciemment, laisser la situation s’envenimer pour justifier ensuite un renforcement sécuritaire ou un état d’urgence ? Ou bien certains acteurs économiques ont-ils profité de ce flou pour faire flamber les prix de l’eau minérale, avec la bénédiction tacite des autorités ? Dans les deux cas, le gouvernement porte une lourde responsabilité.
La présidence doit enquêter, mais le gouvernement doit rendre des comptes
Il est vrai que la présidence de la République a montré plus de réactivité que le gouvernement. Mais son rôle est de constater et de sanctionner, non de se substituer à l’exécutif. C’est au chef du gouvernement qu’il incombe de répondre aujourd’hui de cette carence. Pourquoi n’a-t-il pas agi ? Qui a décidé de ne pas communiquer ? S’agit-il d’une négligence, d’un manque de moyens ou d’un choix politique assumé ?En tant que simple citoyen, j’ai été plus que frappé par cette aberration. Nous voyons des ministres s’agiter sur les réseaux sociaux pour des sujets anecdotiques, mais rester muets face à une crise qui touche chaque foyer tunisien. Le gouvernement ne peut pas se défausser sur la SONEDE, le ministère de la Santé ou les médias, car c’est lui qui les dirige et les coordonne. Si ces institutions n’ont pas bougé, c’est parce qu’elles n’ont pas reçu l’impulsion nécessaire.
Conclusion :
La crise de l’eau minérale n’est pas seulement une pénurie de bouteilles. C’est un révélateur saisissant de la manière dont notre pays est gouverné. Quand l’exécutif reste passif alors que la population s’affole et que les rumeurs enflent, on est en droit de se demander si nos dirigeants ont encore la capacité et la volonté de protéger les Tunisiens.La présidence doit enquêter, c’est son devoir. Mais c’est au gouvernement qu’incombe la responsabilité politique de cette crise. Qu’il s’explique. Qu’il assume. Ou qu’il tire les conséquences de son inaction. Car en démocratie, le silence des institutions, quand il dure quinze jours, n’est plus une simple négligence : il devient un acte politique. Et dans une Tunisie fragilisée, cet acte est intolérable.





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