JavaScript is required. Redirecting... If not redirected, click here.

Tunisie : la honte d'un système éducatif qui abandonne ses enfants sous l'orage

<img src=http://www.babnet.net/images/4b/6aae3451c016f0.94226895_ifenjmlkhgopq.jpg>


Par Leith LAKHOUA


Il y a des décisions qui relèvent de l'incompétence. Et il y a des décisions qui relèvent de l'indécence. Ce jeudi 17 septembre 2026, le gouvernorat de Tunis a choisi la seconde catégorie.


À 14h53, les autorités publiaient une annonce de suspension des cours dans l'ensemble des établissements scolaires, de formation et universitaires — publics et privés — du Grand Tunis. Application : 15h00. Soit sept minutes. Sept petites minutes pour prévenir des milliers de familles, pour organiser la sortie de dizaines de milliers d'élèves, pour éviter que des enfants ne se retrouvent seuls dans les rues au moment où le ciel s'effondrait sur la capitale.




Sept minutes. C'est tout ce que l'institution éducative tunisienne a jugé nécessaire d'accorder aux parents, aux enseignants, aux directeurs d'établissement. Sept minutes pour un pays qui se dit civilisé.

Ce n'est pas une surprise, c'est une faute

Que l'on cesse de parler de "circonstances exceptionnelles". L'épisode de pluies torrentielles et d'orages violents était annoncé depuis des heures. Les services météorologiques avaient placé le Grand Tunis en alerte. Les premiers signes d'inondation étaient visibles bien avant 14h53. Personne ne peut prétendre avoir été pris au dépourvu — sauf, apparemment, ceux qui avaient la responsabilité de décider.

Ce qui s'est passé n'est pas un accident. C'est une faute grave, réfléchie dans son irréflexion, commise par des responsables qui ont préféré attendre, temporiser, ne pas se mouiller — au sens propre comme au figuré — plutôt que d'assumer leur rôle.

Car pendant que les décideurs attendaient, que faisaient-ils ? Que faisaient les directeurs d'établissement ? Que faisaient les encadrants ? La réponse est tombée avec les premières trombes d'eau : chacun pour soi.

Les enfants, ces oubliés

Rappelons une évidence que certains semblent avoir oubliée : lorsqu'un enfant franchit le portail de son école, il passe sous la responsabilité pleine et entière de l'institution éducative. Ce n'est pas une formule rhétorique. C'est une obligation légale, morale et humaine.

Or, qu'avons-nous vu ce jeudi ? Des élèves livrés à eux-mêmes. Des enfants attendant devant des grilles fermées, sous une pluie diluvienne. Des parents paniqués, bloqués dans des embouteillages monstres, incapables de rejoindre leur progéniture. Des axes routiers du Grand Tunis submergés par les eaux stagnantes, transformant chaque trajet en parcours du combattant.

Où étaient les éducateurs ? Où étaient les directeurs ? Où était cette institution qui se targue de "former les générations futures" ?

L'institution éducative tunisienne a donné ce jour-là une leçon. Une leçon honteuse. Celle d'un système qui, face au danger, pense d'abord à sa propre personne — à rentrer chez soi, à se mettre à l'abri — et délaisse, voire abandonne, les jeunes écoliers à leur propre sort, avec tous les risques d'accident, de noyade, de disparition que cela implique.

Un déshonneur pour l'État

Un État qui se respecte respecte ses élèves. Un État qui se respecte ne laisse pas ses enfants dans la rue au moment où le ciel lui tombe sur la tête. Un État qui se respecte organise, anticipe, protège.

Ce que nous avons vu ce jeudi n'honore ni la Tunisie, ni son ministère de l'Éducation, ni ceux qui prétendent porter la mission sacrée d'instruire la jeunesse.

Faire sortir des élèves dans la rue, dans ces conditions, de cette manière, à cette heure-là, est préjudiciable. C'est même criminel.

Criminel, parce qu'on ne joue pas avec la sécurité des enfants.
Criminel, parce qu'on ne peut pas, sous prétexte de protocole ou de lâcheté administrative, exposer des mineurs à un danger annoncé.
Criminel, parce que l'abandon de poste, lorsqu'il met en péril des vies, porte un nom.

Les parents doivent porter plainte

Assez de communiqués lénifiants. Assez de "leçons tirées" qui ne seront jamais appliquées. Assez de promesses qui s'évaporent dès que le soleil revient.

Le collectif des parents doit déposer plainte. Une plainte formelle, collective, documentée, contre l'institution éducative et contre ceux qui, par leur carence, ont mis en danger leurs enfants. Il ne s'agit pas de vengeance. Il s'agit de responsabilité. Il s'agit de rappeler à l'ordre un système qui a oublié qu'il doit rendre des comptes.

Car sans sanction, il n'y a pas de correction. Sans correction, il n'y a pas d'amélioration. Et sans amélioration, la prochaine tempête fera les mêmes victimes : nos enfants.

Oui, il faut éduquer l'éducateur.

Il faut lui apprendre que la sécurité d'un enfant passe avant la commodité d'un fonctionnaire. Il faut lui rappeler que la responsabilité n'est pas un mot qu'on inscrit sur les murs, mais un acte qu'on pose dans l'urgence. Il faut lui enseigner, enfin, ce qu'il prétend enseigner aux autres depuis des années : le sens du devoir.

Ce que nous exigeons

1. Une enquête indépendante sur le processus de décision du 17 septembre 2026, du plus haut niveau du gouvernorat jusqu'aux directions d'établissement.
2. La publication des responsabilités : qui a décidé ? Quand ? Pourquoi un délai de sept minutes ?
3. Des sanctions à la hauteur de la gravité des faits, pour que l'impunité cesse d'être la règle.
4. Un protocole d'urgence clair, connu de tous, activable en moins de trente minutes, avec des consignes précises pour les établissements : aucun élève ne quitte l'enceinte scolaire avant l'arrivée d'un parent ou d'une personne autorisée.
5. La fin du "chacun pour soi" : les enseignants et les directeurs doivent rester à leur poste jusqu'à ce que le dernier enfant soit en sécurité. C'est leur métier. C'est leur devoir.

Une honte nationale

Ce jeudi 17 septembre 2026 restera dans les mémoires comme le jour où l'école tunisienne a tourné le dos à ses enfants.

Il ne s'agit pas d'un fait divers. Il s'agit d'un symptôme : celui d'un système éducatif qui a progressivement oublié sa mission première, celle de protéger ceux qu'il prétend instruire.

Les parents tunisiens ne demandent pas l'impossible. Ils demandent que leurs enfants soient en sécurité à l'école. Ils demandent que l'État assume sa responsabilité. Ils demandent que ceux qui échouent soient sanctionnés.

Il est temps que l'institution éducative rende des comptes.

Parce que des enfants abandonnés sous l'orage, ce n'est pas une fatalité. C'est un choix. Et ce choix, aujourd'hui, est une honte.

   تابعونا على ڤوڤل للأخبار تابعونا على ڤوڤل للأخبار

Comments

0 de 0 commentaires pour l'article 336347

babnet