Ceuta et Melilla : Le Bizerte Marocain, le Maroc doit récupérer ces territoires
Moktar Lamari E4T
Il y a des dates qui se répondent à travers les décennies comme un écho qui refuse de s'éteindre. En juillet 1961, la Tunisie de Bourguiba exigeait le départ immédiat des troupes françaises de la base navale de Bizerte, jugeant intolérable qu'une puissance étrangère occupe encore un morceau de territoire national cinq ans après l'indépendance.
Paris refusa, l'affrontement tourna au drame — plus d'un millier de morts tunisiens selon les estimations les plus sérieuses — mais la France finit par plier, et Bizerte redevint pleinement tunisienne en 1963. Soixante-cinq ans plus tard, presque jour pour jour, c'est au tour du Maroc de vivre son propre vertige de souveraineté inachevée : cette semaine, des dizaines de milliers de jeunes Marocains ont franchi en quelques heures la frontière de Ceuta, cette enclave espagnole plantée sur la côte marocaine depuis des siècles.
Jusqu'à 60.000 personnes selon les autorités locales de Ceuta, au moins 18 morts selon Madrid, une ville de 83.000 habitants submergée en une nuit. Le président local Juan Jesús Vivas a parlé d'une situation « absolument insoutenable ». Il n'a pas tort — mais insoutenable pour qui, au juste ?
Car il faut appeler les choses par leur nom : Ceuta et Melilla ne sont pas des « territoires espagnols » au même titre que Madrid ou Barcelone. Ce sont des reliquats coloniaux, des enclaves européennes plantées de force sur le sol africain, à l'exacte manière dont Bizerte fut, un temps, un morceau de France planté sur le sol tunisien.
La géographie ne ment pas : ces deux villes sont sur la côte marocaine, entourées de territoire marocain, reliées historiquement, culturellement et humainement au Maroc bien avant que la couronne espagnole n'y installe sa garnison.
Qu'un jeune Marocain de 24 ans, Ajoub el-Arrot, coiffé d'une casquette Gucci élimée, se demande tout haut devant les caméras du New York Times pourquoi les autorités marocaines l'ont laissé traverser — en soupçonnant une manœuvre politique de Rabat — en dit long sur l'absurdité géopolitique de la situation : le franchissement d'une clôture, pour rejoindre l'Europe, ne devrait même pas exister comme concept, puisqu'on ne traverse pas une frontière pour rester dans son propre pays.
E4T le dit sans détour : l'Espagne doit quitter Ceuta et Melilla, et plus tôt sera fait, mieux ce sera pour tout le monde — y compris pour l'Espagne elle-même, empêtrée depuis des décennies dans une posture coloniale de plus en plus intenable à l'ère de l'Union africaine et du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes.
Le détroit de Gibraltar n'a jamais été un simple bras de mer : c'est la ligne de faille géopolitique la plus sensible de la Méditerranée occidentale, celle où se jouent simultanément les migrations, la pêche, le narcotrafic, le gaz et — désormais — la crédibilité même du discours européen sur les droits humains. Ursula von der Leyen a qualifié les images de Ceuta d'« inacceptables » ; Giorgia Meloni y a vu la preuve du « danger » de l'immigration incontrôlée.
Aucune des deux dirigeantes n'a songé, ne serait-ce qu'une seconde, à interroger la légitimité même de la présence espagnole sur ce bout de terre africaine. C'est bien là que le bât blesse : on commente la fièvre, jamais la maladie.
L'histoire, pourtant, est en train de bouger, et plus vite qu'on ne le croit. Le fait que des policiers marocains aient, selon plusieurs témoignages recueillis sur place, orienté eux-mêmes les migrants vers la frontière en répétant « allez par là, allez en Espagne », n'est pas un hasard diplomatique : c'est un signal, une pression, une manière tunisienne — pardon, marocaine — de rappeler à Madrid que la question de la souveraineté sur ces deux villes n'est en rien réglée, quoi qu'en dise le statu quo confortable de Bruxelles.
Bourguiba avait, en son temps, préféré l'épreuve de force à l'attentisme diplomatique éternel ; le Maroc, plus subtil, choisit la pression migratoire comme levier — moins sanglant que Bizerte, tout aussi efficace politiquement.
Il faut, bien sûr, ne pas se voiler la face sur la complexité du dossier : l'Espagne invoque une présence historique remontant au XVe siècle pour Melilla, une intégration constitutionnelle de ces territoires au même titre que ses provinces continentales, et l'ONU elle-même n'a jamais inscrit Ceuta et Melilla sur sa liste des territoires non autonomes à décoloniser — contrairement au Sahara occidental.
Les juristes espagnols rappellent aussi que la crise migratoire ne saurait, à elle seule, trancher une question de souveraineté vieille de plusieurs siècles. Mais l'histoire, précisément, ne se laisse pas enfermer dans les seuls arguments juridiques : Bizerte non plus, en 1961, n'était pas illégale au regard du droit international de l'époque.
Elle était simplement devenue, aux yeux des Tunisiens, insupportable. Ceuta et Melilla le deviennent, à leur tour, aux yeux d'une jeunesse marocaine qui n'a plus rien à perdre — et tout à réclamer.
Il y a des dates qui se répondent à travers les décennies comme un écho qui refuse de s'éteindre. En juillet 1961, la Tunisie de Bourguiba exigeait le départ immédiat des troupes françaises de la base navale de Bizerte, jugeant intolérable qu'une puissance étrangère occupe encore un morceau de territoire national cinq ans après l'indépendance.
Paris refusa, l'affrontement tourna au drame — plus d'un millier de morts tunisiens selon les estimations les plus sérieuses — mais la France finit par plier, et Bizerte redevint pleinement tunisienne en 1963. Soixante-cinq ans plus tard, presque jour pour jour, c'est au tour du Maroc de vivre son propre vertige de souveraineté inachevée : cette semaine, des dizaines de milliers de jeunes Marocains ont franchi en quelques heures la frontière de Ceuta, cette enclave espagnole plantée sur la côte marocaine depuis des siècles.
Jusqu'à 60.000 personnes selon les autorités locales de Ceuta, au moins 18 morts selon Madrid, une ville de 83.000 habitants submergée en une nuit. Le président local Juan Jesús Vivas a parlé d'une situation « absolument insoutenable ». Il n'a pas tort — mais insoutenable pour qui, au juste ?
Car il faut appeler les choses par leur nom : Ceuta et Melilla ne sont pas des « territoires espagnols » au même titre que Madrid ou Barcelone. Ce sont des reliquats coloniaux, des enclaves européennes plantées de force sur le sol africain, à l'exacte manière dont Bizerte fut, un temps, un morceau de France planté sur le sol tunisien.
La géographie ne ment pas : ces deux villes sont sur la côte marocaine, entourées de territoire marocain, reliées historiquement, culturellement et humainement au Maroc bien avant que la couronne espagnole n'y installe sa garnison.
Qu'un jeune Marocain de 24 ans, Ajoub el-Arrot, coiffé d'une casquette Gucci élimée, se demande tout haut devant les caméras du New York Times pourquoi les autorités marocaines l'ont laissé traverser — en soupçonnant une manœuvre politique de Rabat — en dit long sur l'absurdité géopolitique de la situation : le franchissement d'une clôture, pour rejoindre l'Europe, ne devrait même pas exister comme concept, puisqu'on ne traverse pas une frontière pour rester dans son propre pays.
E4T le dit sans détour : l'Espagne doit quitter Ceuta et Melilla, et plus tôt sera fait, mieux ce sera pour tout le monde — y compris pour l'Espagne elle-même, empêtrée depuis des décennies dans une posture coloniale de plus en plus intenable à l'ère de l'Union africaine et du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes.
Le détroit de Gibraltar n'a jamais été un simple bras de mer : c'est la ligne de faille géopolitique la plus sensible de la Méditerranée occidentale, celle où se jouent simultanément les migrations, la pêche, le narcotrafic, le gaz et — désormais — la crédibilité même du discours européen sur les droits humains. Ursula von der Leyen a qualifié les images de Ceuta d'« inacceptables » ; Giorgia Meloni y a vu la preuve du « danger » de l'immigration incontrôlée.
Aucune des deux dirigeantes n'a songé, ne serait-ce qu'une seconde, à interroger la légitimité même de la présence espagnole sur ce bout de terre africaine. C'est bien là que le bât blesse : on commente la fièvre, jamais la maladie.
L'histoire, pourtant, est en train de bouger, et plus vite qu'on ne le croit. Le fait que des policiers marocains aient, selon plusieurs témoignages recueillis sur place, orienté eux-mêmes les migrants vers la frontière en répétant « allez par là, allez en Espagne », n'est pas un hasard diplomatique : c'est un signal, une pression, une manière tunisienne — pardon, marocaine — de rappeler à Madrid que la question de la souveraineté sur ces deux villes n'est en rien réglée, quoi qu'en dise le statu quo confortable de Bruxelles.
Bourguiba avait, en son temps, préféré l'épreuve de force à l'attentisme diplomatique éternel ; le Maroc, plus subtil, choisit la pression migratoire comme levier — moins sanglant que Bizerte, tout aussi efficace politiquement.
Il faut, bien sûr, ne pas se voiler la face sur la complexité du dossier : l'Espagne invoque une présence historique remontant au XVe siècle pour Melilla, une intégration constitutionnelle de ces territoires au même titre que ses provinces continentales, et l'ONU elle-même n'a jamais inscrit Ceuta et Melilla sur sa liste des territoires non autonomes à décoloniser — contrairement au Sahara occidental.
Les juristes espagnols rappellent aussi que la crise migratoire ne saurait, à elle seule, trancher une question de souveraineté vieille de plusieurs siècles. Mais l'histoire, précisément, ne se laisse pas enfermer dans les seuls arguments juridiques : Bizerte non plus, en 1961, n'était pas illégale au regard du droit international de l'époque.
Elle était simplement devenue, aux yeux des Tunisiens, insupportable. Ceuta et Melilla le deviennent, à leur tour, aux yeux d'une jeunesse marocaine qui n'a plus rien à perdre — et tout à réclamer.









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