Chocs globaux et étau stratégique : l’Afrique face à l’accumulation des crises

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Cheikh Mbacke SENE (*)

Depuis 2020, l’Afrique n’est plus confrontée à des crises isolées, mais à une accumulation continue, rapprochée et de plus en plus étouffante de chocs majeurs. La pandémie de COVID-19, la guerre en Ukraine, puis les tensions géopolitiques au Moyen-Orient impliquant notamment l’Iran ne constituent pas une simple succession d’événements : elles forment une séquence systémique qui redessine brutalement l’environnement mondial. Ce qui change aujourd’hui, ce n’est pas seulement la gravité de ces crises, mais leur récurrence, leur proximité dans le temps et leur effet cumulatif, créant un véritable étouffement progressif des économies africaines.


Le choc sanitaire et ses répercussions économiques

Le premier choc, celui de la COVID-19, a provoqué des contractions économiques sévères, avec des baisses de croissance allant jusqu’à –2,5 % à –10 % du PIB selon les pays, tout en creusant fortement les déficits publics et en accélérant l’endettement.




Crise énergétique et alimentaire après la guerre en Ukraine

À peine une reprise amorcée, la guerre en Ukraine est venue bouleverser les équilibres en déclenchant une crise énergétique et alimentaire mondiale. L’Afrique, fortement dépendante des importations de céréales, s’est retrouvée particulièrement exposée : dans certains pays, jusqu’à 70 à 80 % du blé importé provenait de la Russie et de l’Ukraine, rendant les économies extrêmement vulnérables aux ruptures d’approvisionnement. Cette situation a contribué à aggraver une crise alimentaire touchant des dizaines de millions de personnes, notamment en Afrique de l’Est.

Pressions géopolitiques et hausse des prix de l’énergie

Aujourd’hui, les tensions au Moyen-Orient, avec l’implication de l’Iran, viennent refermer davantage l’étau. La hausse des prix du pétrole, dépassant par moments les 100 dollars le baril, a un impact direct sur les économies africaines : chaque augmentation significative des coûts énergétiques se traduit par une détérioration des balances commerciales et une pression accrue sur les finances publiques. Cette succession rapide de crises crée un phénomène nouveau : une fatigue systémique des économies africaines, incapables d’absorber des chocs aussi rapprochés.

Perturbation des échanges et des chaînes d’approvisionnement

Les échanges commerciaux du continent ont également été profondément perturbés. Les chaînes d’approvisionnement ont été désorganisées, les coûts logistiques ont fortement augmenté et les flux commerciaux ont été ralentis. Dans certains cas, les tensions géopolitiques ont directement affecté les routes maritimes stratégiques, compliquant les exportations africaines et renchérissant le coût des importations. Cette instabilité commerciale fragilise des secteurs entiers et limite la capacité des économies à se projeter dans la durée.

Inflation, endettement et fragilité macroéconomique

Sur le plan macroéconomique, l’effet cumulatif de ces crises est particulièrement préoccupant. L’inflation s’installe durablement, les monnaies se déprécient, l’accès aux marchés financiers se durcit et les niveaux d’endettement atteignent des seuils critiques. Aujourd’hui, plus de vingt pays africains sont en situation de surendettement ou à haut risque, contre une situation nettement plus favorable qu'il y a encore une décennie. Ce n’est plus une succession de crises, mais une véritable érosion progressive des capacités économiques et politiques du continent.

Rôle amortisseur de la diaspora

Dans ce contexte, les transferts de la diaspora apparaissent comme un amortisseur essentiel. Estimés à près de 95 milliards de dollars par an, soit environ 5 % du PIB africain, ils constituent une source de financement majeure, parfois supérieure aux investissements directs étrangers dans certains pays. Cependant, ces flux restent eux-mêmes exposés aux chocs globaux : crises économiques dans les pays d’accueil, volatilité des taux de change et contraintes financières pesant sur les diasporas limitent leur capacité à compenser durablement les déséquilibres structurels.

Un étau géoéconomique multidimensionnel

L’accumulation de ces crises crée ainsi un véritable étau géoéconomique autour du continent. Dépendance alimentaire, dépendance énergétique, dépendance financière : autant de contraintes qui se renforcent mutuellement à mesure que les crises se rapprochent. L’un des enseignements majeurs de cette séquence est clair : les déterminants essentiels de la stabilité économique africaine restent largement exogènes, ce qui n’est plus tenable dans un monde devenu imprévisible.

Vers une transformation structurelle nécessaire

Face à cette accumulation étouffante, l’Afrique doit impérativement changer de trajectoire. Il ne s’agit plus d’ajustements marginaux, mais d’une transformation structurelle visant à renforcer la souveraineté alimentaire, accélérer l’industrialisation, sécuriser les ressources énergétiques et développer des mécanismes financiers autonomes. L’objectif est de passer d’une vulnérabilité subie à une résilience construite.

Un tournant stratégique pour le continent

L’Afrique est aujourd’hui à un tournant. Elle fait face non pas à une crise, mais à une succession rapprochée de crises globales qui s’intensifient et s’auto-alimentent. Dans ce contexte, attendre un retour à la normale serait une erreur stratégique. Le monde de demain sera durablement instable. Et dans ce monde, seules les nations capables d’anticiper, de s’adapter et de renforcer leurs capacités internes pourront préserver leur souveraineté et garantir leur développement. L’Afrique n’a plus le choix : elle doit transformer cette accumulation de crises en points de bascule vers un nouveau modèle.


Cheikh Mbacké Sène
Expert en intelligence économique & communication stratégique
Doctorant en administration des affaires School of Business and Economics
Atlantic International University (Hawaï, USA)


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