UGTT: le congrès de la dernière chance, pour se renouveler ou disparaître
Moktar LaMari,
Édito de E4T,
La semaine prochaine, l’UGTT tient un congrès qui n’a rien d’ordinaire. Ce n’est pas une échéance statutaire de plus. C’est un moment de vérité. Un procès sans robe ni juge, mais dont le verdict sera implacable : se réformer ou s’enfoncer dans l’impertinence et dans la poubelle de l’histoire. Car il faut le dire sans détour : la centrale syndicale, jadis pilier de l’équilibre social tunisien, traverse aujourd’hui une crise profonde de gouvernance, de crédibilité et de sens.
Le danger est connu
Il est même redouté : que ce congrès se transforme en guerre de clans, en règlements de comptes personnels, en théâtre d’ombres où l’on débat des hommes plutôt que des principes. Pire encore, que l’actuelle direction — acculée par les critiques — cherche à noyer le poisson, à diluer les responsabilités, à défendre un bilan contesté, voire à éviter que certaines dérives ne débouchent sur des comptes à rendre devant la justice.
Ce congrès ne doit pas être un cirque. Il doit être une catharsis.
Cinq enjeux structurants doivent être posés clairement
Cinq lignes de fracture qui conditionnent la survie morale et politique de l’UGTT.
Premier enjeu : la corruption — éradiquer, reconnaître, sanctionner
Le mot est lourd, mais il doit être prononcé. Les accusations de malversations, de clientélisme, de privilèges indus ne peuvent plus être balayées d’un revers de main. L’UGTT doit faire son mea-culpa. Pas un exercice de communication, mais un acte fondateur. Cela implique des mécanismes disciplinaires crédibles, des sanctions exemplaires, et surtout une rupture claire avec les pratiques passées.
Sans cela, toute réforme sera perçue comme cosmétique. Une institution qui prétend défendre les travailleurs ne peut tolérer en son sein des comportements qui relèvent de la prédation.
Deuxième enjeu : la gouvernance budgétaire et institutionnelle — assainir pour reconstruire
La transparence n’est pas une option. C’est une condition minimale. Les comptes doivent être audités, publiés, discutés. Les circuits de décision doivent être clarifiés. La reddition de comptes doit devenir une norme, non une exception. Mais attention : la transparence, à elle seule, ne suffit pas. Elle doit s’accompagner d’une réforme des structures, d’une modernisation des outils de gestion, et d’un contrôle interne indépendant. Sans cela, la défiance persistera.
Troisième enjeu : la productivité — réconcilier le syndicalisme avec le travail
C’est peut-être le point le plus sensible. Depuis des années, l’UGTT est perçue — à tort ou à raison — comme un frein aux réformes, un acteur qui privilégie la revendication au détriment de la création de valeur. Cette perception est destructrice. Car dans une économie tunisienne en panne de croissance, la question de la productivité est centrale.
L’UGTT doit sortir de l’ambiguïté. Elle doit affirmer clairement que défendre les travailleurs, c’est aussi défendre la compétitivité, l’innovation, l’efficacité des processus de production. Le sabotage implicite ou explicite de ces débats doit cesser. Il en va de l’intérêt national.
Quatrième enjeu : la fin du féodalisme syndical — limiter les mandats, ouvrir les portes
Le diagnostic est connu. Des figures s’installent, s’incrustent, verrouillent les structures, empêchent le renouvellement. Le cumul des fonctions devient la règle. Et dans certains cas, des pratiques de népotisme — dénoncées notamment par Hassine Dimassi — transforment le syndicalisme en système de reproduction familiale. Un système féodaliste où les plus forts se servent et tournent le dos aux missions et responsabilités.
C’est inacceptable. Il faut instaurer des limites strictes de mandats, interdire le cumul, et garantir l’accès des jeunes générations aux instances de décision. Sans renouvellement, il n’y a pas de renouveau.
Cinquième enjeu : la démocratie interne — rendre visibles les débats, casser les clans
Le congrès doit être un moment de transparence démocratique. Les débats entre listes et candidats doivent être publics, argumentés, contradictoires. L’UGTT doit prouver qu’elle est capable de se réinventer par le débat, non par la cooptation.
Cela implique de résister aux pressions des groupes d’influence : islamistes, modernistes opportunistes, universitaires en quête de position, ou reliquats de partis politiques. L’institution doit retrouver son autonomie. Elle ne peut plus être un terrain de jeu pour des agendas extérieurs.
Ces cinq enjeux ne sont pas techniques. Ils sont existentiels, fondamentalement politiques.
Car derrière eux se joue une question plus large : quel rôle pour l’UGTT dans la Tunisie de demain ?
Une organisation enfermée dans des logiques de pouvoir, de la corruption oscillant entre action syndicale et calcul politique ? Ou une institution éthique, moderne, capable de défendre les travailleurs tout en accompagnant les transformations économiques nécessaires ?
La réponse dépendra du courage des congressistes.
1- Il ne suffit plus de changer des visages. Il faut changer des pratiques.
2- Il ne suffit plus de dénoncer les dérives. Il faut les sanctionner.
3- Il ne suffit plus de promettre. Il faut prouver.
Sont-ils capables de sauver l’UGTT ?
Un congrès décisif
Ce congrès est celui de la dernière chance. Pas pour sauver des carrières. Mais pour sauver une institution.
L’UGTT doit faire son propre procès. Se regarder en face. Se purger de ses dérives, de ses rentes, de ses réflexes féodaux.
Sinon, elle continuera à naviguer à vue, entre posture politique et mission syndicale, perdant peu à peu ce qui faisait sa force : la confiance.
Et sans confiance, il n’y a ni syndicalisme, ni investissement, ni croissance. La Tunisie mérite une UGTT à la hauteur de ses défis.
Pas une organisation prisonnière de ses propres contradictions.
Édito de E4T,
La semaine prochaine, l’UGTT tient un congrès qui n’a rien d’ordinaire. Ce n’est pas une échéance statutaire de plus. C’est un moment de vérité. Un procès sans robe ni juge, mais dont le verdict sera implacable : se réformer ou s’enfoncer dans l’impertinence et dans la poubelle de l’histoire. Car il faut le dire sans détour : la centrale syndicale, jadis pilier de l’équilibre social tunisien, traverse aujourd’hui une crise profonde de gouvernance, de crédibilité et de sens.
Le danger est connu
Il est même redouté : que ce congrès se transforme en guerre de clans, en règlements de comptes personnels, en théâtre d’ombres où l’on débat des hommes plutôt que des principes. Pire encore, que l’actuelle direction — acculée par les critiques — cherche à noyer le poisson, à diluer les responsabilités, à défendre un bilan contesté, voire à éviter que certaines dérives ne débouchent sur des comptes à rendre devant la justice.Ce congrès ne doit pas être un cirque. Il doit être une catharsis.
Cinq enjeux structurants doivent être posés clairement
Cinq lignes de fracture qui conditionnent la survie morale et politique de l’UGTT.Premier enjeu : la corruption — éradiquer, reconnaître, sanctionner
Le mot est lourd, mais il doit être prononcé. Les accusations de malversations, de clientélisme, de privilèges indus ne peuvent plus être balayées d’un revers de main. L’UGTT doit faire son mea-culpa. Pas un exercice de communication, mais un acte fondateur. Cela implique des mécanismes disciplinaires crédibles, des sanctions exemplaires, et surtout une rupture claire avec les pratiques passées.Sans cela, toute réforme sera perçue comme cosmétique. Une institution qui prétend défendre les travailleurs ne peut tolérer en son sein des comportements qui relèvent de la prédation.
Deuxième enjeu : la gouvernance budgétaire et institutionnelle — assainir pour reconstruire
La transparence n’est pas une option. C’est une condition minimale. Les comptes doivent être audités, publiés, discutés. Les circuits de décision doivent être clarifiés. La reddition de comptes doit devenir une norme, non une exception. Mais attention : la transparence, à elle seule, ne suffit pas. Elle doit s’accompagner d’une réforme des structures, d’une modernisation des outils de gestion, et d’un contrôle interne indépendant. Sans cela, la défiance persistera.Troisième enjeu : la productivité — réconcilier le syndicalisme avec le travail
C’est peut-être le point le plus sensible. Depuis des années, l’UGTT est perçue — à tort ou à raison — comme un frein aux réformes, un acteur qui privilégie la revendication au détriment de la création de valeur. Cette perception est destructrice. Car dans une économie tunisienne en panne de croissance, la question de la productivité est centrale.L’UGTT doit sortir de l’ambiguïté. Elle doit affirmer clairement que défendre les travailleurs, c’est aussi défendre la compétitivité, l’innovation, l’efficacité des processus de production. Le sabotage implicite ou explicite de ces débats doit cesser. Il en va de l’intérêt national.
Quatrième enjeu : la fin du féodalisme syndical — limiter les mandats, ouvrir les portes
Le diagnostic est connu. Des figures s’installent, s’incrustent, verrouillent les structures, empêchent le renouvellement. Le cumul des fonctions devient la règle. Et dans certains cas, des pratiques de népotisme — dénoncées notamment par Hassine Dimassi — transforment le syndicalisme en système de reproduction familiale. Un système féodaliste où les plus forts se servent et tournent le dos aux missions et responsabilités.C’est inacceptable. Il faut instaurer des limites strictes de mandats, interdire le cumul, et garantir l’accès des jeunes générations aux instances de décision. Sans renouvellement, il n’y a pas de renouveau.
Cinquième enjeu : la démocratie interne — rendre visibles les débats, casser les clans
Le congrès doit être un moment de transparence démocratique. Les débats entre listes et candidats doivent être publics, argumentés, contradictoires. L’UGTT doit prouver qu’elle est capable de se réinventer par le débat, non par la cooptation.Cela implique de résister aux pressions des groupes d’influence : islamistes, modernistes opportunistes, universitaires en quête de position, ou reliquats de partis politiques. L’institution doit retrouver son autonomie. Elle ne peut plus être un terrain de jeu pour des agendas extérieurs.
Ces cinq enjeux ne sont pas techniques. Ils sont existentiels, fondamentalement politiques.
Car derrière eux se joue une question plus large : quel rôle pour l’UGTT dans la Tunisie de demain ?
Une organisation enfermée dans des logiques de pouvoir, de la corruption oscillant entre action syndicale et calcul politique ? Ou une institution éthique, moderne, capable de défendre les travailleurs tout en accompagnant les transformations économiques nécessaires ?
La réponse dépendra du courage des congressistes.
1- Il ne suffit plus de changer des visages. Il faut changer des pratiques.
2- Il ne suffit plus de dénoncer les dérives. Il faut les sanctionner.
3- Il ne suffit plus de promettre. Il faut prouver.
Sont-ils capables de sauver l’UGTT ?
Un congrès décisif
Ce congrès est celui de la dernière chance. Pas pour sauver des carrières. Mais pour sauver une institution.L’UGTT doit faire son propre procès. Se regarder en face. Se purger de ses dérives, de ses rentes, de ses réflexes féodaux.
Sinon, elle continuera à naviguer à vue, entre posture politique et mission syndicale, perdant peu à peu ce qui faisait sa force : la confiance.
Et sans confiance, il n’y a ni syndicalisme, ni investissement, ni croissance. La Tunisie mérite une UGTT à la hauteur de ses défis.
Pas une organisation prisonnière de ses propres contradictions.




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